L’école en récession de 20 ans en Afrique du Sud à cause du Covid-19

Dans un township de classe moyenne d’Upington, les enfants jouent et courent sans cesse dans les rues argileuses et poussiéreuses, qui bordent le désert du Kalahari. Une scène normale s’il s’agissait d’un weekend. Mais c’est vendredi matin. Deux frères et deux sœurs testent sur une plaque en bois de vieux patins à roulettes.

« Aujourd’hui il n’y a pas d’école. On est en vacances », affirme Clayvion, 10 ans, son regard vert plein de malice.

Kayleen, sa cousine plus grande, rejoint le groupe un peu plus tard.

« Je suis la seule à avoir des cours aujourd’hui. Eux, ils vont à l’école d’autres jours de la semaine. Les écoles évitent d’avoir trop d’étudiants à la fois. C’est comme ça depuis le coronavirus », explique-t-elle.

3 jours d’école en moyenne

Selon une étude menée par le Department of Basic Education (DBE), depuis le début de la pandémie de la covid-19 en Afrique du Sud, les enfants du primaire n’ont fréquenté les établissements scolaires que trois jours par semaine en moyenne. Résultat : ils ont déjà manqué la moitié de l’apprentissage prévu cette année.

L’alarme a été donné par la ministre de l’éducation Matsie Motshekga qui a affirmé que cette situation « a entraîné une perte des acquis réalisés au cours des 20 dernières années », lors d’une conférence de presse dimanche dernier.

Dégradation psychologique

La fermeture à plusieurs reprises des écoles et les cours en ligne, peu accessibles aux enfants des zones rurales et des townships, ont joué un rôle néfaste sur la psychologie des écoliers, explique Hjordis Martin, enseignante à la Florida Park High School de Johannesburg.

« Malheureusement, dans l’une de mes classes, deux élèves se sont suicidés. D’autres ont arrêté de fréquenter l’école, et certains ne sont pas sûrs de revenir. J’ai vu beaucoup de changements psychologiques et émotionnels chez mes élèves. »

En 2021, les écoles ont perdu environ 10 000 écoliers, âgés de 7 à 14 ans.

Même constat auprès des maternelles qui enregistrent une chute de 25 000 inscriptions par rapport aux attentes pour les enfants de quatre à six ans.

Une étude publiée cette semaine par la Fondation Telkom souligne également que plus que la moitié des écoliers ont redoublé au moins une fois. Un problème qui pourrait coûter cher au gouvernement : les pertes pourraient s’élever à plus d’un milliard d’euros par an.

Des conséquences à long terme

La situation risque d’empirer davantage dans les années à venir, selon Martin Gustafsson, économiste à l’Université de Stellenbosch : « Il est certain qu’il y a des pertes à tous les niveaux, mais ce qui est particulièrement inquiétant ce sont celles qui sont à la phase d’apprentissage initial, car c’est là que les savoirs fondamentaux sont développés. » Les mathématiques et les sciences figurent parmi les matières les plus touchées.

Même si la situation semble dramatique, la ministre de l’éducation Angie Motshekga a assuré que les vacances d’octobre seront maintenues, malgré le retard sur les programmes. Selon elle, les jours d’école perdus seront récupérés en suivant le calendrier scolaire « dans la limite du raisonnable. »

L’année scolaire doit se terminer à la mi-décembre.

Source: rtbf.be

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