Inde : « les cinémas rouvrent après de longs mois de fermeture »

De vieux films souvent, le masque obligatoire et plus grand chose à déguster dans son fauteuil: malgré tout, les cinémas qui rouvrent jeudi en Inde espèrent attirer la clientèle après quasiment sept mois de fermeture à cause du coronavirus.

La pandémie a frappé les salles obscures dans le monde entier. Mais en Inde, où le cinéma s’apparente à une religion avec des stars adorées comme des dieux, c’est tout une culture qu’elle a bouleversée.

Bollywood, endeuillé par la perte récente de plusieurs grands noms emportés par le coronavirus, le cancer ou par suicide et, de surcroît, frappé d’accusations sur la consommation de drogue, a bien besoin de bonnes nouvelles. Mais l’industrie du cinéma la plus prolifique au monde devra peut-être encore patienter.

Chez INOX Leisure Ltd, deuxième exploitant national de salles multiplex, les cinémas ne vont d’abord diffuser que de vieux films en rouvrant jeudi, prévient Lalit Ojha, directeur régional du groupe pour le Nord de l’Inde.

La température des spectateurs sera vérifiée à l’entrée, la moitié des sièges devront rester vides pour respecter la distanciation physique et seule de la nourriture empaquetée sera disponible. Oubliées les agapes proposées auparavant dans les cinémas haut de gamme où l’on pouvait manger du biryani ou des coupes de glace au caramel fondant dans son fauteuil inclinable.

« En ce moment, nous travaillons à retrouver la confiance des gens en leur faisant savoir que les cinémas sont des endroits sûrs et sécurisés pour eux », explique M. Ojha à l’AFP.

« Nous espérons la sortie d’une superproduction pour Diwali », ajoute-t-il. Cinémas et commerces font d’habitude le plein à l’occasion de la fête hindoue des lumières, prévue cette année le 14 novembre.

Sortir au cinéma a toujours été un loisir accessible en Inde: 75 roupies (un dollar ou 0,87 euro) permettent de s’offrir trois heures d’émotions, de danses et de chansons dans une salle offrant l’air conditionné.

Mais les producteurs, nerveux, ont jusqu’à présent réfréné les annonces de grosses sorties, beaucoup préférant s’adresser directement aux plateformes de streaming comme Netflix, Amazon Prime et Disney+ Hotstar.

Les analystes ont beau souligner l’appétit refoulé pour les grands écrans, dans un pays où les fans vont habituellement chaque semaine au cinéma et où 1.800 films sont sortis en 2018, beaucoup de spectateurs pourraient ne pas se déplacer juste pour voir de vieux films.

« C’est un cercle vicieux –les gens ne vont pas aller au cinéma sauf s’il y a des nouveautés. Et les producteurs ne vont pas sortir de films sans la garantie de faire de bonnes affaires », décrit à l’AFP un analyste spécialisé dans l’économie du cinéma, Komal Nahta. « Au bout du compte, quelqu’un devra bien prendre un risque et sortir un film intéressant ».

Certains producteurs seraient toutefois prêts à s’aventurer, avec au moins un film en hindi, « Suraj Pe Mangal Bhari », attendu le 13 novembre pour Diwali.

L’un des grands noms de Bollywood, le producteur Aditya Chopra, prépare également pour la même période la sortie de « Bunty Aur Babli 2 », suite d’un succès de 2005, selon des informations de presse.

Reste qu’en Inde, avec plus de sept millions de cas de coronavirus, la menace de contamination reste forte. A Bombay, où se trouve Bollywood, les autorités ont même repoussé la réouverture des cinémas.

« Bombay est au coeur de l’industrie cinématographique –si les cinémas y sont fermés, la bataille est déjà à moitié perdue », pense Komal Nahta.

Les autres cinémas pourront s’estimer heureux s’ils parviennent à vendre ne serait-ce que la moitié des tickets disponibles, soit 25 % seulement de la capacité habituelle, pense-t-il. « S’ils arrivent à remplir 60 % des sièges disponibles, ce serait une nouvelle extraordinaire pour l’industrie ».

Source: france24.com

Please follow and like us: