Inde : les « Anges » gèrent les corps des morts du Covid, sans distinction de religion

À Bangalore, une association musulmane assure les funérailles des morts du Covid-19 pour les familles démunies. Quel que soit leur culte. Pas anodin dans un contexte de violences religieuses.

« Ma famille n’a plus d’argent parce que le confinement nous a appauvris et que nous avons tout dépensé pour sauver mon père. Heureusement, l’homme à l’ambulance a été bon avec nous. Il est venu chercher le corps et il nous a réconfortés.» L’homme à l’ambulance s’appelle Tanveer et il est musulman. Son groupe, les « Anges de la grâce », s’est occupé du corps du père de Saloraj et permis à sa famille de l’accompagner selon la tradition hindoue. L’affaire n’est pas anodine en Inde, traversée par les épisodes de violences religieuses, largement entretenues par le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi.

Les Anges sont nés avec le début de l’épidémie qui, au dernier comptage officiel, a touché 4  millions d’Indiens et fait 78 500 morts. « Nous offrons des funérailles dignes à tous ceux qui sont dans le besoin. Quelle que soit leur religion, nous les aidons dans le respect de leurs rites, relate Tanveer. Nous venons gratuitement chercher le corps à l’hôpital, nous l’emmenons au crématorium pour les hindous, au cimetière chrétien ou musulman. Notre groupe a déjà pris en charge plus de 400 corps.»

La famille de Saloraj n’a pas de quoi payer un prêtre. Bien que musulman, Tanveer a appris à réciter les mantras et effectuer les gestes rituels hindous. Avant que les portes du four ne s’ouvrent pour le père de Saloraj, Il recouvre son corps de fleurs, le parfume avec des encens, lui verse du lait dans la bouche.

En cette fin d’après-midi, Tanveer roule en direction du cimetière chrétien d’Hosur. « Nous avons reçu un appel sur notre numéro d’urgence, qui est devenu viral.»  Sur place, des volontaires creusent sous la lumière des lampadaires. Un cercueil vient d’être déposé par une ambulance.

« Cet homme est mort il y a deux jours. La famille n’avait pas de quoi régler les frais. Depuis hier, nous avons collecté des fonds, notamment pour payer le cercueil. L’hôpital a accepté de fortement réduire sa facture. Finalement le corps est enterré ce soir et il va pouvoir reposer en paix. C’était un dernier voyage très difficile pour cet homme. »

À 21 heures, Tanveer se repose, assis sur une tombe. Il regarde brûler les protections et les masques utilisés dans la journée. « Il y a beaucoup de fraternité et de générosité entre Indiens. Mais cette fraternité est aujourd’hui remise en cause pour des raisons politiciennes.»

Source: ouest-france.fr

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