Coronavirus : L’Espagne passe la barre des 2000 morts

« Les jours les plus difficiles approchent : ils mettront à l’épreuve nos capacités de résistance, matérielles et morales », a averti le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, dimanche 22 mars, lors d’une allocution téléviséeAlors que le pays affiche, lundi 23 mars, plus de 33 000 cas confirmés de Covid-19 et que la maladie a fait plus 2 000 morts, le dirigeant socialiste a annoncé dimanche, sans surprise, que l’état d’alerte en vigueur depuis une semaine serait prolongé quinze jours, jusqu’au 11 avril. Cette mesure doit être présentée au conseil des ministres mardi puis soumise au vote du Parlement. Une simple formalité : tous les partis soutiennent la prorogation des mesures de confinement.

Deuxième foyer de contagion en Europe, l’Espagne a vu s’accélérer la propagation de la pandémie. Le nombre de décès a ainsi bondi en vingt-quatre heures, avec 462 nouvelles victimes. Plus de 87 % des personnes décédées du virus avaient plus de 70 ans. Les experts en charge du comité de crise sanitaire estiment que le pic de l’épidémie est proche. « Nous pensons que le plus grand nombre de transmissions [de la maladie] aura lieu cette semaine », a ainsi assuré, dimanche, Fernando Simon, le directeur du centre d’alertes sanitaires.

M. Sanchez a exigé « responsabilité sociale et discipline civique » de la part des 46 millions d’Espagnols. Dans tout le royaume, il est interdit de sortir de chez soi, sauf pour se rendre à son poste de travail, si le télétravail n’est pas possible, pour faire des courses essentielles, aider des personnes dépendantes ou sortir son chien. Ni promenade ni footing ne sont autorisés, et les contrôles sont stricts, menés parfois d’hélicoptère. Dans la seule journée de samedi, 26 600 amendes ont été infligées et 82 personnes ont été placées en garde à vue pour désobéissance. Les sanctions peuvent aller de 100 euros à 600 000 euros d’amende et jusqu’à un an de prison. « Cette semaine va être cruciale », a souligné le directeur opérationnel adjoint de la police nationale, José Angel Gonzalez.

Mais alors que le temps d’hospitalisation des malades les plus graves peut durer jusqu’à vingt et un jours, les services de santé espagnols résisteront-ils à l’afflux redouté ? Dans la Communauté de Madrid, épicentre de l’épidémie, les centres hospitaliers commencent à arriver au bout de leurs capacités, comme l’hôpital Severo Ochoa, à Leganès, en banlieue, où les urgences sont débordées. La région de la capitale concentre près de 55 % des hospitalisations et 60 % des décès. Plus de 830 du millier de lits en soins intensifs dont dispose la région sont déjà occupés par des malades du Covid-19. Plus de 8 800 autres malades sont hospitalisés dans des chambres conventionnelles, sur un total de 13 000 lits hospitaliers.

Pour tenter de faire face, un pavillon du Palais des expositions Ifema de Madrid a été transformé en hôpital de campagne par l’armée. Il doit accueillir dans un premier temps 1 300 malades présentant des symptômes légers et 96 autres en soin intensif. Dimanche, les deux cents premiers patients y sont arrivés. A terme, il devrait disposer de 5 500 lits. Trois hôtels médicalisés ont aussi commencé à recevoir des malades, en phase de guérison. Et six autres doivent ouvrir prochainement. Des malades pourront aussi être transportés par l’armée dans des hôpitaux situés dans des régions moins frappées par l’épidémie.

Les personnels soignants, en première ligne, se plaignent, quant à eux, de graves pénuries de matériel de protection. A tel point que certains se sont mis à stériliser des masques chirurgicaux et blouses à usage unique ou à fabriquer des tabliers de protections avec des sacs-poubelle. Selon les chiffres officiels, 3 475 soignants ont été infectés par le virus. Une infirmière est déjà décédée.

Les nerfs à vif, épuisés et débordés, ils expriment publiquement ou sur des chats réservés aux professionnels médicaux, leur désespoir face à l’afflux de malades et leur impuissance devant ceux qui perdent brusquement leur capacité respiratoire et meurent avant d’avoir pu être branchés à un ventilateur artificiel. Mais aussi leur euphorie à chaque guérison : plus de 2 500 ont été recensées.

Pour faire face à la crise qui frappe aussi durement le Pays basque, la Navarre ou la Catalogne, près de 52 000 personnels soignants ont été recrutés, dont 17 000 étudiants en dernière année de médecine et d’infirmerie. Le gouvernement espagnol a acheté près de 640 000 tests rapides pour augmenter la détection précoce du virus. Il a réservé des lignes de production chez des fabricants de matériel sanitaire afin de s’assurer des livraisons régulières. Et il a réparti 4 millions de masques de protection sanitaire dans les différentes régions depuis le 10 mars.

Alors qu’il plaide pour « l’unité d’action », l’exécutif espagnol est cependant confronté à la grogne montante de plusieurs régions autonomes, à commencer par celle de Madrid, qui l’accuse de bloquer ses propres commandes de matériel sanitaire ou de l’Andalousie, qui assure que de la marchandise qui lui était destinée a été réquisitionnée. La Catalogne a demandé à être isolée du reste du territoire. Enfin, plusieurs présidents de région demandent que toute l’activité économique non essentielle soit arrêtée, comme en Italie. Celui de Murcie, Fernando Lopez Miras, a été jusqu’à publier, dimanche soir, un décret régional allant dans ce sens, avant d’être désavoué par Madrid.

Pour M. Sanchez, dont la mère et le beau-père, contaminés par le coronavirus, se trouvent hospitalisés, les mesures de confinement adoptées font déjà partie des « plus drastiques au monde, a-t-il insisté. Nous voulons contenir la propagation du virus et que le coût en vies humaines mais aussi en emplois et en capacités productives du pays soit le moins élevé possible ».

Source: lemonde.fr

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