Les escargots hawaïens « Achatinella apexfulva » ont officiellement disparu

Le 1er janvier 2019, George est mort. George ? Tel était le nom du dernier escargot de l’espèce Achatinella apexfulva, escargot arboricole dont la pointe de la coquille arbore une typique couleur jaune. Ce dernier a rendu l’âme dans une boîte en plastique à température contrôlée, à l’université de Hawaï. Une mort naturelle : le petit gastropode avait atteint l’âge, canonique pour un escargot, de 14 ans.

Depuis une dizaine d’années, l’escargot était l’ultime représentant connu de son espèce. Une vie rocambolesque : bien qu’étant hermaphrodite, il n’a pu engendrer de descendance, faute de congénère avec qui s’accoupler. « En 1997, les 10 derniers spécimens connus ont été centralisés en laboratoire afin de les faire se reproduire en captivité », relate le département des ressources naturelles de cet État américain, sur sa page Facebook. « L’expérience a abouti à la naissance de plusieurs escargots, mais pour des raisons inconnues, elle a tourné à la catastrophe. Tous les escargots sont morts, sauf un : George. »

Le gastropode était, à force, devenu un emblème pour la conservation des escargots terrestres à Hawaï. Il est aussi le symbole de décennies de mauvais choix réalisés en matière de conservation. Les premières références scientifiques à Achatinella apexfulva datent de 1787 et de l’arrivée des Britanniques à Hawaï, selon David Sischo, coordinateur du programme de protection des invertébrés, cité par le Guardian. Les escargots, endémiques sur l’archipel, étaient alors partout, jouant un rôle-clé pour l’écologie (décomposition des végétaux…). Des rapports du 19e siècle mentionnent même qu’il n’était pas rare de pouvoir ramasser jusqu’à 10 000 escargots par jour ! Les Européens se mirent alors à les collectionner… Résultat : au début du 20e siècle, déjà, plusieurs espèces avaient disparu.

Les escargots hawaïens n’étaient pas encore au bout de leurs peines. En 1955, des biologistes y importèrent une espèce d’escargot carnivore étrangère, Euglandina rosea, originaire du sud des États-Unis. Le but : contrôler les populations d’escargots géants africains (Achatina fulica), qui proliféraient faute de prédateur naturel sur l’île. Mais loin de ne manger que les escargots africains comme prévu, Euglandina rosea a décimé les espèces d’escargots natives : environ un tiers aurait disparu, selon l’Institut des espèces invasives du Texas.

Un échantillon de tissu de l’escargot a été congelé au zoo de San Diego, rapporte le département des ressources naturelles de Hawaï. « Bien qu’il ne soit aujourd’hui pas possible de cloner un escargot, cela le sera certainement un jour. »

Source : Sciences Avenir